Carnet 6

Pourquoi certaines choses prennent-elles plus de place en nous ?

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Nous vivons chaque jour des expériences.

Elles peuvent faire naître une émotion, un sentiment, une pensée, une envie, un souhait… parfois plusieurs à la fois.

Pourtant, nous ne vivons pas tous les choses de la même manière.

Une même situation peut provoquer une réaction très forte chez l’un et sembler presque anodine pour l’autre.

Elle peut nous toucher quelques instants, rester présente toute une journée, revenir régulièrement… ou parfois s’inscrire beaucoup plus longtemps dans notre histoire.

Alors, pourquoi certaines choses prennent-elles autant de place en nous ?

Pour essayer de le comprendre, je vous propose de regarder trois dimensions simples : l’intensité, le volume et la fréquence.

Intensité, volume, fréquence :

trois façons de regarder ce qui nous traverse

Pour comprendre pourquoi certaines choses prennent plus ou moins de place en nous, nous pouvons observer trois dimensions.

  • L’intensité, c’est la force.
    C’est à quel point quelque chose nous touche, nous bouscule ou nous fait réagir à un moment donné.

  • Le volume, c’est la quantité.
    C’est la place que cette émotion, cette pensée ou ce sentiment occupe dans notre espace intérieur.

  • La fréquence, c’est la répétition dans le temps.
    C’est le nombre de fois où quelque chose revient, se répète ou se réactive.

Ces trois dimensions peuvent se combiner de différentes façons.

  • Une émotion peut être très intense mais très brève.
  • Une pensée peut être peu intense mais revenir très souvent.
  • Quelque chose peut aussi être peu intense, mais occuper une place importante parce qu’il reste présent longtemps.

Il n’y a donc pas une seule façon de mesurer ce que nous vivons.

Et c’est justement ce qui rend notre vécu si personnel.

Pourquoi cela varie-t-il d'une personne à l'autre?

Parce que nous ne recevons jamais une expérience avec une page blanche.

Notre histoire, notre éducation, nos expériences, notre environnement, notre époque, ce que nous avons appris, ce qui nous a blessés ou marquésparticipent à la manière dont nous allons vivre et interpréter ce qui nous arrive.

Mais cela dépend aussi de qui nous sommes au moment où cela arrive.

  • De ce que nous vivons déjà.
  • De notre état du moment.
  • De ce qui est encore présent en nous.
  • De ce que nous avons traversé récemment.

Une même situation ne représente donc pas forcément la même chose pour chacun.

Et elle ne représente pas forcément la même chose pour nous-mêmes à différents moments de notre vie.

Notre prisme ne crée pas nécessairement la réalité extérieure. Il influence la manière dont nous la recevons, la percevons et lui donnons du sens.

Une remarque peut être anodine pour l’un et venir toucher chez l’autre quelque chose de beaucoup plus important : le besoin d’être reconnu, entendu, respecté ou considéré.

Ce qui nous touche dépend aussi de ce que cela représente pour nous, à ce moment précis de notre histoire.

La réalité extérieure existe.
Notre vécu de cette réalité est personnel.

Et ce vécu peut évoluer, parce que nous évoluons nous aussi.

Ce qui prend de la place en nous ne nous dit pas qui nous sommes

  • Une émotion peut être intense.
  • Une pensée peut revenir souvent.
  • Un sentiment peut prendre beaucoup de place.

Mais cela ne dit pas qui nous sommes.

Nous pouvons être profondément touchés par une situation sans être une personne fragile.

Nous pouvons penser très souvent à quelque chose sans que cette pensée soit une vérité.

Nous pouvons avoir un grand besoin d’être reconnu, entendu ou considéré sans que le regard des autres définisse notre valeur.

Ce que nous vivons fait partie de nous. Mais cela ne résume pas qui nous sommes.

C’est une distinction importante lorsqu’une émotion ou une pensée devient très présente.

Parce que plus quelque chose prend de place, plus nous pouvons avoir l’impression que c’est nous.

Pourtant, ce n’est qu’une partie de notre expérience, à un moment donné.

Ce qui prend de la place en nous n'est pas forcément ce que nous sommes.

Et si nous regardions ce qui se passe avant de chercher une explication ?

Lorsque quelque chose prend beaucoup de place en nous, notre première réaction peut être de chercher immédiatement une explication.

« Pourquoi je réagis comme ça ? »
« Pourquoi je suis comme ça ? »
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

Pourtant, avant de chercher à comprendre ou à changer ce qui se passe, il peut être intéressant de commencer par revenir à quelque chose de plus simple :

  • Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
  • Qu’est-ce que je ressens aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce qui revient ?
  • Depuis quand ?
  • À quelle fréquence ?
  • Et quelle place cela prend-il réellement dans ma vie ?

Observer ces éléments permet parfois de faire une distinction essentielle entre les faits, notre vécu et ce que nous en faisons.

Parce que lorsque nous prenons un peu de recul, nous pouvons commencer à voir ce qui se passe en nous… plutôt que de nous confondre avec ce qui s’y passe.

Créer un espace entre ce qui arrive et ce que nous en faisons

Entre ce qui nous arrive et ce que nous en faisons, il peut exister un espace.

  • Un espace pour observer.
  • Un espace pour prendre du recul.
  • Un espace pour distinguer ce qui appartient aux faits, ce qui appartient à notre vécu et ce que nous choisissons d’en faire.

Cet espace ne fait pas disparaître ce que nous ressentons.

Il nous permet simplement de ne pas être obligés de réagir immédiatement à tout ce qui nous traverse.

Et parfois, c’est justement dans cet espace que nous pouvons retrouver une possibilité de choix.

Se voir autrement, c’est aussi apprendre à observer ce qui prend de la place en nous sans lui donner automatiquement le pouvoir de nous définir.